1. Edito
  2. Liberté, Egalité, Fraternité : la République au cœur de la polémique Dieudonné
  3. Une polémique qui ne date pas d'hier
  4. Untitled Chapter
  5. Un problème pour les rédactions
  6. Untitled Chapter
  7. .
  8. Public modéré = majorité silencieuse ?
  9. Dieudonné 2.0
  10. La « Dieudosphère » sur internet
  11. Une polémique, et des ricochets médiatiques
  12. Épilogue
  13. A propos

L'affaire Dieudonné, une histoire sans fin

Un projet de Inès BELGACEM, Sala SALL et Yacine TALEB

L'affaire Dieudonné, une histoire sans fin
Un projet de Inès BELGACEM, Sala SALL et Yacine TALEB
Edito
Liberté, Egalité, Fraternité : la République au cœur de la polémique Dieudonné

« Je n’ai pas mené un combat personnel. C’est la République qui a gagné. » Après l’annonce de la décision de Conseil d’Etat d’interdire la tenue du spectacle de Dieudonné à Nantes, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls donne le ton : la polémique qui occupe tous les écrans n’est pas une affaire d’individus mais bel et bien de valeurs républicaines.

Comme les associations antiracistes, qui mettent en avant une « obsession » de l’humoriste à l’égard des Juifs, et insistent sur le caractère multirécidiviste des dérapages constatés, le ministre de l’Intérieur invoque le respect de la dignité humaine et le rejet de la haine pour justifier sa détermination à faire respecter l’ordre public. En somme il en appelle à la fraternité. D’autres, à l’image d’Alain Finkelkraut, soulignent qu’il ne peut être ici fait mention de la caricature religieuse puisque selon ses termes, « Dieudonné ne se moque pas du judaïsme en tant que religion, il a un problème avec les Juifs en tant que groupe de population ». Pour preuve du caractère xénophobe de la démarche de Dieudonné, certains médias comme l’AFP, Le Nouvel Observateur ou Libération, mettent en avant ses fréquentations douteuses, induisant davantage une idéologie qu'une démarche comique.

Parce qu’ils forment un agrégat très divers, les personnes défavorables à l’interdiction du spectacle défendent pour leur part un ensemble de valeurs beaucoup plus hétérogène. Si les médias ont souvent donné la parole à ceux qui revendiquent leur antisionisme tout en réfutant toute idée d’antisémitisme, certains, en particulier sur Internet, assument ouvertement cet antisémitisme décomplexé. A l’opposé, d'autres ne cautionnent pas les propos tenus par Dieudonné mais dénoncent l’interdiction de son spectacle au nom du respect de la démocratie. C’est par exemple la ligne de conduite qu’a toujours adoptée le journaliste Frédéric Taddei, qui s’était opposé à la volonté de Patrick Cohen de "blacklister" le comique, et à inviter, juste après l'interdiction du spectacle à Nantes, le controversé Jean Briquemont au nom de la diversité des opinions. D’autres personnalités comme Jack Lang, ou des médias comme Politis, Rue 89 ou Marianne, se placent sur un autre terrain et craignent que la décision de Manuel Valls ne crée un précédent pouvant autoriser des dérives liberticides ou portant atteinte à la neutralité de l’Etat vis-à-vis de l’expression culturelle. Plantu invoque lui le droit à la caricature et à l’humour et la nécessité de tolérer tous les points de vue pour instaurer un dialogue.

Une troisième grande tendance a toutefois émergé, notamment sur Internet et qui consiste à dénoncer l’importance excessive accordée par les médias à cette affaire comme à d’autres, estimant que cela détourne l’attention des véritables problèmes sociétaux (dans le cas de La Manif pour Tous, qui se montre actif sur le sujet), sociaux, ou économiques. Des voix hostiles à la politique gouvernementale soutiennent notamment que cet activisme permet de masquer l’uniformisation des politiques menées sur le plan économique, la montée de la fronde fiscale ou encore l’absence de baisse du chômage.

Une polémique qui ne date pas d'hier

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Dieudonné n'a rien d'un néophyte en matière de polèmiques médiatiques. Si l'interdiction de son spectacle Le Mur et l'implication de Manuel Valls ont remis l'humouriste et ses débordements sur le devant de la scène pendant quelques semaines, ce dernier en est loin d'être à son coup d'essai. 

Pour y voir plus clair, voici quelques dates clés, à consulter ci-dessous

Infographie: l'itinéraire d'un professionnel de la provocation

Un problème pour les rédactions

L’affaire commence par une altercation entre le journaliste Frédéric Taddeï et Patrick Cohen, chroniqueur dans l’émission « C à vous » sur France 5, le 3 décembre 2013. « On a une responsabilité, quand on anime une émission de débat public, de ne pas propager des thèses complotistes ou de ne pas donner la parole à des cerveaux malades. » Une référence de Patrick Cohen aux invités « blacklistés » invitées par Frédéric Taddeï, dont Dieudonné, Alain Soral ou encore Marc-Edouard Nabe. Une critique à laquelle a répondu Dieudonné dans un sketch controversé, rendu public par un reportage de « Complément d’enquête » diffusé sur France 2 le 19 décembre. Face à l’émoi suscité par cette émission, le gouvernement décide de saisir le dossier.

« On a ensuite assisté à un match de boxe entre un ministre de l’intérieur, Manuel Valls, et un humoriste clairement antisémite, Dieudonné », analyse Nordine Nabili, directeur du Blondy Blog. De fait, à partir de l’interview de Manuel Valls dans le Parisien, le 27 décembre, dans laquelle il fait savoir son intention de « tout faire » pour interdire le spectacle de Dieudonné, l’affaire devient incontournable dans les rédactions. Comment, en effet, les médias pourraient-ils omettre une parole émanant du gouvernement ?

La polémique tombe au moment des vacances de Noël, à la mi-décembre, « un trou d’actualité », selon Abel Mestre, journaliste au Monde, spécialiste de l’extrême droite. « L’affaire a rempli l’actualité. » Les Unes, articles et sujets concernant Dieudonné deviennent quotidiens, que ça soit dans la presse, la radio, la télévision ou sur internet. « Et à partir du moment où toutes les rédactions en parlent, nous sommes obligés de suivre le rythme », ajoute Nordine Nabili. Une opinion partagée par Abel Mestre, qui émet toutefois quelques réserves : « L’ADN du Monde est de s’en tenir aux faits. On a donc privilégié l’enquête. » Pas de réactions sous le coup de l’émotion donc. D’autres n’ont pas eu cette volonté d’objectivité. Le Nouvel Observateur a notamment pris position en publiant une Une virulente à l’égard de Dieudonné, Alain Soral, ainsi qu’Eric Zemmour, titré « La Haine ». Marianne et Libération ont partagé cette opposition clairement exprimée à l’encontre de l’humoriste. Causeur, ou encore les personnalités comme Frédéric Taddeï ou Jack Lang, ont soutenu quant à eux la liberté d’expression, sans pour autant soutenir Dieudonné. Une position compliquée à tenir d’après Nordine Nabili : « on peut être contre la circulaire de Manuel Valls au nom de la liberté d’expression sans être en adéquation avec les propos de Dieudonné. Pourtant, on se fait très vite taxer d’antisémitisme ! »

.

Le traitement de l’affaire dans les rédactions a ainsi été longuement débattu. Prendre position ou non ? Soutenir le principe de liberté d’expression et ne pas cautionner la circulaire Valls revient-il à soutenir Dieudonné ? Et de même, doit-on donner la parole à Dieudonné ? Abel Mestre est catégorique à ce sujet : « nous avons clairement conclu que Dieudonné n’était plus un humoriste mais un activiste d’extrême droite. » Raison pour laquelle Dieudonné n’a pas été invité dans les colonnes du Monde. Au coeur de cette polémique, l’humoriste n’est intervenu que dans deux médias : la BBC et Causeur.

Si un grand nombre de médias s’est fait l'écho de l’affaire Dieudonné, rares sont ceux qui ont fait le choix de donner la parole à ce dernier. En février dernier, le mensuel Causeur a accordé une interview de l'humoriste, et consacré sa Une à la polémique. Un choix payant en termes de ventes, puisqu’elles ont augmenté de 30% par rapport à la moyenne habituelle de la revue. Pour autant, cette initiative a fait débat, y compris en interne. Entretien avec Gil Mihaely qui a réalisé l’interview en compagnie d’Elisabeth Lévy, fondatrice de la revue en 2008 :

Public modéré = majorité silencieuse ?

Une foire d’empoigne en bonne et due forme. Voilà comment on pourrait qualifier le débat qui a défrayé la chronique pendant des semaines autour de la personnalité de Dieudonné. Dans l’arène médiatique, se présentent d’une part des opposants farouches dénonçant l’antisémitisme, et d’autre part la « Dieudosphère », terme générique utilisé pour désigner une cohorte disparate de « fans » actifs et politisés militant pour défendre des postures idéologiques aussi variées que contestables.  Et puis, entre les deux, ou plutôt en retrait, il y aussi les autres. Ceux qui ont choisi de continuer à ne voir en Dieudonné que l’humoriste, à ne le juger que sur sa démarche comique. Cette troisième voix, qui se contrefiche d’Alain Soral et n’en a souvent même pas entendu parler, exprime un vif attachement à une liberté d’expression érigée en valeur cardinale. Plus que Dieudonné, dont ils ne sont pas des « fans » à proprement parler, c’est plutôt cette liberté qui les préoccupe. S’il assure qu’il « ne serait pas prêt à payer pour aller voir un spectacle de Dieudonné », Boumédienne, 31 ans est pour autant choqué par l’interdiction du spectacle de celui qui, à ses yeux, reste un comique. « Il fait des blagues sur les juifs comme il en fait sur toutes les communautés et religions. Il se moque de tout le monde : c’est son travail », souligne-t-il.

Une position largement partagée par Benoît, 26 ans, qui argumente : « il n’a pas à expliquer aux gens qu’il fait du second degré ! C’est à son public de faire la part des choses. C’est regrettable que certains ne le fassent pas, mais ce n’est pas la responsabilité de Dieudonné». Un argumentaire mis à mal par les fréquentations de Dieudonné, indéniablement politisées, à l’image du négationniste Robert Faurisson, que l’humoriste a fait applaudir sur scène à ses côtés. « Je comprends que les ambiguïtés puissent choquer, parce qu’on touche au réel », concède Benoît, pour qui la démarche de l’ancien acolyte d’Elie Sémoun s’inscrit toutefois avant tout dans une volonté de « provocation à tout prix » qui est précisément ce qu’il apprécie en tant que spectateur.  Une liberté de provoquer également invoquée par Boumédienne, exemple à l’appui : « personnellement, je suis musulman. Mais l’affaire des caricatures de Mahomet ne m’a pas choqué, parce que la liberté d’expression est un droit pour tout le monde, ce qui implique de pouvoir être d’accord ou non avec les autres ». Une logique qui s’appliquerait donc à la quenelle ou à la sortie de Dieudonné à l’encontre de Patrick Cohen ?

« On est au courant des événements de la Seconde Guerre mondiale, de la Shoah », affirme Boumédienne, qui ajoute que « C’est le rôle de l’école de nous sensibiliser à ça. Le rôle d’un humoriste, c’est de faire rire ». Et Benoît de rappeler que « certains sketchs de Desproges étaient bien plus violents que ceux de Dieudonné », alors que le « manichéisme » des réactions actuelles, qui « infantilisent les gens en leur désignant ce qui est bien et ce qui est mal » est jugé contre-productif par le jeune homme: « Non seulement cela porte atteinte au libre arbitre de chacun, mais en plus, cela peut nourrir le fantasme d’un lobby juif contrôlant les médias». Des médias traditionnels globalement pointés du doigt au profit du web qui, s’il « nécessite un tri de l’information » comme le rappelle Boumédienne, n’en est pas moins « un espace qui donne lieu à des échanges intéressants » à condition de ne pas « se limiter au site internet du Monde.fr », estime Benoît, qui sourit : « ma formulation est un peu…caricaturale ». Cela tombe bien, le droit à la caricature, c’est exactement ce qu’il défend.

La « Dieudosphère » sur internet

Dieudosphère.com , le site officiel de l’humoriste, représente le cœur de la toile tissée par ce dernier depuis qu’il a investi le web. Ne pouvant plus s’exprimer dans les médias, il utilise ce site, transformé en véritable communauté, pour peaufiner sa stratégie de communication.

La « Dieudosphère », un réseau puissant ?

Depuis plusieurs mois, quelques médias comme Le Monde et Le Figaro décrivent la « Dieudosphère » comme « un vaste réseau » bien ficelé et très présent sur la toile. Certes, l’humoriste compte de nombreux messages de soutien de la part de ses fans dans ses pages sur les réseaux sociaux, mais lorsqu’on fait une recherche de liens avec la requête www.dieudosphère.com sur Google pour quantifier le nombre de sites qui proposent un lien renvoyant vers la Dieudosphère, on trouve un chiffre dérisoire : 7.

« L’entreprise Dieudonné » est donc finalement tout sauf un grand réseau stratégique et bien ordonné, comme le décrivent les grands médias d’information.  

Quel rôle joue alors la « Dieudosphère » sur la toile ?

Pour étudier l’influence de Dieudonné sur internet, il vaut mieux s’intéresser à ceux qui en parlent. Après avoir entré le mot « Dieudosphère » sur la barre de recherche Google, nous sommes tombés sur de nombreux sites. On peut les classer en quatre catégories générales : les pro Dieudonné, les anti Dieudonné, ceux qui ne se prononcent pas (sites informatifs, plateformes de partage) et les sites religieux. L’analyse des résultats permet de voir que l’humoriste compte de nombreux soutiens mais aussi beaucoup d’opposants sur la toile.

 

Les pros Dieudonné

Pas de surprise : extrême droite, nationalistes, complotistes, antisionistes et antisémites sont bel et bien présents dans nos résultats. Ils défendent tous Dieudonné et le dépeignent comme un maître à penser victime d’un acharnement médiatique.

A eux seuls, ils représentent plus d'un tiers (36,57%) des liens qui composent les résultats des pages de Google. Ce qui n’étonne guère puisque le discours de Dieudonné s’adresse en premier lieu à eux.

L’extrême droite très peu présente

Si on regarde les chiffres dans le détail, on s’aperçoit que les sites d’extrême droite qui font la promotion de la « Dieudosphère » sont relativement peu nombreux. Ils représentent moins d'un résultat sur dix  (9,09%). Parmi eux, le site Les Moutons enragés ou encore L’Union fait la force. Leur présence est toutefois due à l’alliance emblématique entre Dieudonné et Alain Soral. Très proches l’un de l’autre depuis 2004, les deux hommes se sont associés politiquement en 2009 lors des élections européennes. Même si l’humoriste a souvent cherché à brouiller les pistes sur son rapprochement avec le Front National, il multiplie tout de même les soutiens venant de l’extrême droite : En 2006, Dieudonné a accordé une interview à la revue Le Choc du mois, un magazine d'extrême droite tenu par Jean-Marie Molitor, également directeur de Minute. Dans cet entretien, Dieudonné parle pour la première fois de son combat, le comparant à celui de Jean-Marie Le Pen : « il est la vraie droite, je suis la vraie gauche, le Nouvel Empire n'aime ni les uns ni les autres ».

On aurait ainsi pu s’attendre à un plus grand soutien du réseau d’extrême droite sur la toile. Mais les chiffres montrent que Dieudonné n’a pas énormément de pages web frontistes qui le soutiennent. D’ailleurs certains sites emblématiques comme Fdesouche, ne relayent ni liens, ni vidéos, ni contenu de la « dieudosphère ».

Complotistes au rendez-vous

En plus de l’extrême droite, on trouve dans notre recherche des sites web émanant des adeptes de la théorie du complot Juif et Sioniste. Ils avancent dans leur discours que le monde est dominé par le judaïsme et les francs-maçons. On retrouve parmi eux, le Blog Anti nouvel ordre maçonniste sioniste. Les pages contiennent non seulement du texte pro Dieudonné et anti Israël mais aussi des slogans comme « abonnez-vous à la Dieudosphère » avec une vidéo de Dieudonné.

Ces sites représentent 11,36% de ceux que nous avons recensé. Ce chiffre illustre la stratégie discursive de Dieudonné. L’humoriste nourrit la thèse de cette théorie dans la plupart de ses discours car il a besoin du soutien des adeptes de la théorie du complot. Selon un billet paru dans le blog de Médiapart et signé par le politologue Hamdi Nabil, les complotistes « renforcent le système » car : « La théorie du complot résonne comme le discours des exclus de la représentation. Soral et Dieudonné ont été écartés de la société du spectacle ; dès lors, ils représentent ceux-qui-ne-sont-pas-représentés. ».

Ainsi, Dieudonné se sert du discours de la théorie du complot pour mieux se vendre comme un antisystème.  D'ailleurs, un dixième des sites que nous avons répertoriés insistent sur cet aspect.

New Image

New Image

Antisémites et antisionistes derrière Dieudonné

Les « antijudaïsme » et anti-Etat d’Israël sont présents dans nos résultats. Ils représentent 15,91%. Un peu plus que les complotistes. Ils sont dans la même logique de « l’anti-juif ». Certains d’entre eux se revendiquent d’extrême droite.

Les composantes de ce réseau sont étroitement liées aussi bien sur la toile qu’au niveau des idées. A elles seules, ils font un peu plus d’un tiers des pages web que Google nous a donné. Un chiffre pas si conséquent que cela lorsqu’on considère le discours et les fréquentations de l’humoriste.

Les anti Dieudonné

Pour contrer Dieudonné sur la toile, rien de mieux que de créer un site internet nommé aussi « Dieudosphère » et qui jouera le rôle de page militante anti Dieudonné. C’est ce qu’a tenté de faire le site « Dieudosphère Gandi » ou encore celui de « Dieudosphère Hacked ». On ignore qui se cache dèrrière ces initiatives. Les deux sont très bien répertoriés par Google puisqu’ils apparaissent dans notre recherche dès les premières pages. Lorsqu’on clique dessus, on tombe sur un drapeau d’Israël ou encore un texte incitant à porter plainte contre l’humoriste. Un pied de nez aux fans internautes  du « maître quenelliers » qui pourraient tomber dessus en tapant la requête « Dieudosphère » sur internet.

Les sites communautaires juifs

Parmi les ennemis de l’humoriste, il y a aussi les sites communautaires et identitaires juifs. Le plus grand d’entre eux est le site d’information JSS News. Il possède de nombreux liens avec plusieurs autres sites et ses articles sont souvent repris ailleurs, notamment par des grands médias.

Plus religieux, le site Juif.org fait partie de notre liste. Il s’agit aussi d’un site d’information, mais d'avantage tourné vers le spirituel et qui s’intéresse exclusivement au monde judaïque et israélite. Ils relayent tous du contenu anti-Dieudonné qui incrimine l’humoriste, le dénonce. D’autres contenus comme l’interview du hacker de la Dieudosphère sont aussi relayés.

Ils représentent au total 18,18% de nos résultats. Un total qui dépasse celui des sites d’extrême droite, de complotistes ou encore d’antisionistes et antisémitistes. Pour arriver à ce succès, ils se sont organisés en réseau, reliant  leurs sites les uns aux autres. Niveau référencement, la stratégie fonctionne très bien puisqu’ils apparaissent assez vite dans la recherche.

Les antifascistes pour dénoncer Dieudonné

D’autres antis Dieudonné sont présents dans notre recherche, il s’agit des « antifa ». Très souvent affiliés à des sites politiques d’extrême gauche, ils représentent  13,64% des résultats de nos recherches, ce qui leur permet de nettement dépasser l’extrême droite. Certains d’entre eux comme Les Matérialistes ou encore Les Bobos Flingueurs contiennent un contenu très virulent à l'encontre de Dieudonné. Ces sites dénoncent le racisme et l’antisémitisme en général. Ils produisent des contenus qui condamnent les propos de l’humoriste et invitent à  contrer ce dernier.

Les anti-Dieudonné représentent au total 31,82% des liens de notre recherche. Bien que ce total soit inférieur à celui récolté par les pro-Dieudonné, ils jouissent d'une meilleur visibilité grâce à leur référencement.

Les religions se font une petite place

Les sites religieux ont souvent une position floue. Et ceux présents dans nos résultats n’échappent pas à la règle. Mis à part les pages au contenu tournant autour du judaïsme, nous recensons 4,55 % de sites musulmans et 2,27% de sites chrétiens. Certains d’entre eux sont des forums dans lesquels sont partagés des contenus de la « Dieudosphère » ainsi que des échanges de points de vue concernant l’humoriste.

Côté christianisme, on relève quelques sites de soutient à la communauté juive avec des liens renvoyant notamment vers des articles de JSS News. Une présence limitée qui montre que l’affaire Dieudonné est avant tout politique et non religieuse. Aucune religion n’a officiellement pris parti pour ou contre Dieudonné, les sites présents dans notre recherche ne sont donc aucunement représentatifs.

Beaucoup de blogs et sites d’information

Notre recherche nous démontrent aussi que beaucoup de sites que nous avons trouvés n’appartiennent à aucune des catégories que nous avons citées jusqu’ici. Un quart des sites étudiés ne donnent aucune indication quant à leur position. Quasiment tous proposent un contenu d’actualité. Certains reprennent et citent des articles de grands médias nationaux. D’autres produisent  une analyse neutre.

Ainsi, ceux qui parlent plus de l’affaire Dieudonné sont des blogs et médias d'actualité et non des groupuscules communautaires. Si on considère les chiffres du contenu neutre par rapport à l’ensemble de nos résultats, on remarquera que le groupe qui a le plus de pages présentes dans notre recherche est celui des pro Dieudonné, suivie de près par les anti. Ce qui les distingue est leur mode d’organisation. Les anti sont mieux référencés que les pros mais ces derniers sont en plus grands nombres. 

Une polémique, et des ricochets médiatiques

L'agitation médiatique ayant eu lieu autour de l'affaire Dieudonné a non seulement engendré une kyrielle de réactions et de conflits périphériques, mais en a aussi remis au goût du jour. La polémique a donné lieu à une succession de réverbérations médiatiques et de discordes annexes. Parmi les plus commentées figure celle entourant le talk-show « Ce soir ou jamais! » animée par Frédéric Taddeï. Et ce n’est pas tout à fait un hasard.

Une controverse dans la controverse

Alors que se pose la question des limites de la liberté d’expression, le journaliste se voit reprocher de ne pas les restreindre suffisamment. Des personnalités aux prises de position contestables comme Alain Soral, ou Dieudonné lui-même ont de fait déjà été invités dans l’émission. C’est d’ailleurs en accusant son confrère de « donner la parole à des cerveaux malades » que Patrick Cohen s’est attiré les foudres de l’humouriste. C’est dans ce contexte que, « Ce Soir ou Jamais » consacre le 10 janvier dernier un débat à l’interdiction du spectacle de l’artiste. L’écrivain Marc-Edouard Nabe, plusieurs fois accusé d’antisémitisme, mais jamais condamné, y prend part de manière inopinée. Bien que ce dernier soit en l'occurrence venu se désolidariser de Dieudonné, cette participation surprise est à l’origine d’une nouvelle polémique: dans les jours qui suivent, la rumeur d’une suppression de l’émission court, avant que France Télévisions ne confirme réfléchir à un changement d’horaire. Une décision qui provoque de nombreuses réactions de soutien, qui contribuent paradoxalement à entretenir la polémique. L’essayiste Caroline Fourest estime ainsi:’ « avec Frédéric Taddei, c’est 5 minutes pour les juifs, 5 minutes pour Hitler ». Une sortie hasardeuse et un buzz qui s’autoalimente.

Quand les médias imposent leur tempo

Car en toile de fond, c’est bien de buzz, de clics et d’audience dont il est question. Alors que la polémique prospère sur la Toile, les médias traditionnels peinent à résister à l’emballement de la machine médiatique. Et n’hésitent pas le cas échéant à faire remonter à la surface des informations jusqu’à présent passées plutôt inaperçues. Exemple typique des produits médiatiques issus de l’affaire Dieudonné, l’édition du Monde datée du 18 janvier 2014 revient sur une polémique datant d’avril 2013. Un article intitulé « Golberg contre Golberg » revient sur le conflit qui a divisé l’Université de La Rochelle après la représentation d’une pièce de théâtre se voulant satirique montée avec le soutien de la fac. Jugeant son contenu antisémite, Michel Golberg, conférencier et entre autres responsable d’un cours dédié aux controverses, fait part de son indignation, pas forcément partagée par l’ensemble de ses collègues. S’en est suivi des semaines de tensions ayant vu s’opposer pourfendeurs du racisme et défenseurs de la liberté d’expression.

Mettre en avant cette affaire à ce moment là n’est chronologiquement pas anodin : une plainte ayant été déposée contre l’université, la procédure judiciaire suit certes toujours son cours, mais aucun élément nouveau succeptible de faire évoluer le dossier ne semblait justifier la parution d’un nouvel article. Hormis les similitudes de cette polémique avec l’affaire Dieudonné, bien évidemment. Ainsi prospèrent les controverses.  

Épilogue
A propos

Cette enquête a été réalisée dans le cadre du cours Médias et controverses du master de journalisme de l'Université de Cergy-Pontoise, animé par Romain Badouard. Pour toute information concernant le cours, ou toute réclamation concernant les propos tenus dans les enquêtes :

romain.badouard(at)u-cergy.fr

Pour toute information concernant l'enquête elle-même : 

ines.belgacem(at)hotmail.fr